lunedì 21 agosto 2017
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LA CRITICA

PAR-DELA’ BÉATRICE : LE DIALOGUE DE CLAUDIO GIULIANELLI
Du 31-05 au 25-06-17, l’ESPACE ART GALLERY (Rue Lesbroussart, 35, 1050 Bruxelles) a mis à l’honneur l’œuvre du peintre italien, Monsieur CLAUDIO GIULIANELLI, par une exposition intitulée DIALOGUE AVEC LA NATURE.
La caractéristique majeure concernant l’œuvre de cet artiste est, sans conteste, l’atmosphère théâtrale qu’elle exhale. A cette noble théâtralité, s’ajoute la poésie de la Renaissance, particulièrement dans la vision dantesque de la Nature, exprimée par la Femme, la Béatrice sublimée, embellie, symbolisée dans le Tout cosmique. Plastiquement exprimée, cette vision se concrétise sur la toile par le personnage féminin, à l’avant-plan, derrière lequel ressort un paysage champêtre, montagneux, lacustre ou maritime. Ce paysage, tout de brumes entouré, met la Femme en exergue, dans une Toscane mythifiée. La Renaissance est présente, tant dans le costume du personnage que dans sa façon de poser. Jamais elle ne pose de face mais toujours de trois-quarts ou de profil. Elle est campée à l’intérieur d’un arc dont nous ne voyons que l’arcade avec les colonnes portantes. Concernant le cadrage, une constante régit la présentation du portrait tant masculin que féminin, à savoir que bien souvent, le personnage n’est pas représenté en entier. Celui-ci est compris dans un cadre (une focale, s’il s’était agi de photographie – un « plan américain », s’il s’était agi de cinéma) extrêmement serré, le montrant à partir de sa taille. La mise en exergue du personnage, en l’occurrence de la Femme, s’exprime par le fait qu’elle occupe, même campée dans un coin, la majorité de l’espace, à l’avant-plan. Elle est cadrée de telle façon qu’à partir de la taille, celle-ci « monte » en flèche (typique de l’esthétique de la Renaissance), jusqu’à donner le sentiment d’atteindre le sommet de l’arcade (sous laquelle est enserrée) qu’un ciel aux teintes surréalistes empêche de rejoindre. Ajoutons à cela que son regard est constamment adressé au visiteur dans un sourire légèrement changeant, selon les œuvres. Juste derrière elle, le paysage est délimité par une ligne d’horizon très basse (également typique de l’esthétique de la Renaissance).
La lecture que nous impose l’œuvre de cet artiste est essentiellement philosophie et symbolique. Chose, une fois encore, appartenant à la pensée du 16ème siècle où philosophie (naissance de la pensée moderne) et symbolique (consistance du courant religieux) s’alternaient dans les méandres de la pensée politique. Une suite d’allégories de la Renaissance apparaît dans chaque œuvre que le regard approche.
Un premier élément, musical celui-là, s’invitant sous la forme de la flûte (que l’on retrouve dans tout le parcours de l’artiste comme une signature), représente la présence de la danse. La conception de la flûte, à la Renaissance est complexe dans son interprétation, car à l’instar de la bulle de savon (dont nous parlerons plus loin), elle représente la fragilité de l’existence ainsi que l’illusion destinée à s’évanouir. D’ailleurs, une des images évocatrices de l’esprit, à la Renaissance est celle montrant un cylindre (une flûte ?) scintillant.
nous montre un personnage féminin conçu de trois-quarts, le visage en plan jouant de la flûte. Sur la droite de la toile, deux bulles en suspension dans l’espace.
La Femme est campée à l’intérieur d’une arcade. Au-dessus du personnage, figurent sur la gauche un soleil et sur la droite une lune. Un paysage montagneux s’affirme à l’arrière-plan. Nous évoquions, plus haut, les aspects philosophique et symbolique de l’écriture de l’artiste. Deux exemples nous sont donnés ici. La bulle de savon, échappée d’une flûte, flottant dans l’air est le symbole, à la fois de la légèreté ainsi que l’éphémère de l’existence, laquelle flotte dans un espace conçu par Dieu…le temps qu’elle éclate! Le soleil et la lune figurant en haut des colonnes portantes, symbolisent l’être masculin (le soleil) et l’être féminin (la lune) identifiant l’humain. La symbolique du soleil est celle du pouvoir. Celle de la lune est relative à la féminité, à l’illumination, à l’éternité, en ce sens qu’elle incarne la notion du cycle, réalisée dans l’apparition, la croissance et la disparition, symbolisant ainsi la dimension résurrectionnelle du fait qu’elle réapparaît quotidiennement. Le soleil, lui, symbolise le pouvoir car par sa lumière il donne la vie. Le soleil et la lune sont, dans toutes les cultures, les parèdres d’une même notion : celle de l’existence, à la fois biologique et sociale.
La flûte appartient à la symbolique mystique propre à l’harmonie car il s’agit de l’instrument joué par les anges. Associé au surnaturel  ainsi qu’à la vie pastorale depuis l’Antiquité classique, il traduit l’harmonie intérieure, par conséquent, il participe de la Nature.
Les couleurs usitées par l’artiste sont globalement tendres. Même le rouge, couleur « fauve » par excellence, n’est jamais exploité à l’excès. LE REVE est considéré par son auteur comme une œuvre « froide », de laquelle se définit la féminité du personnage en accord avec la Nature. Il est vrai, après analyse, que se qui pourrait créer cette atmosphère de « froideur », serait, en fait, le traitement apporté aux chairs du visage et du buste, apparaissant en dégradés, conçus à partir du jaune-or du turban et des manches de la robe.
Dans les autres tableaux, le visage de la Femme s’étale sur des coloris tendres, néanmoins, plus vivants.
comporte un renforcement de la symbolique : une bulle trône au dessus d’une architecture monolithique (située à l’arrière-plan), à l’intérieur de laquelle est enfermée une silhouette humaine. L’artiste « implique » ici l’être humain de façon directe, en le plaçant face à ses fins dernières.
déclame une poésie festive.
La Femme, buste de profil, visage de trois-quarts, agite deux marionnettes, l’une blanche, l’autre noire. La marionnette blanche symbolise la « Fantaisie », elle porte sur son visage un masque noir : elle se dissimule. La marionnette noire, elle, symbolise la « Rigueur ». Elle est habillée en gendarme et porte une matraque. L’arrière-plan, entièrement dominé par le bleu (en dégradés) du ciel et de la mer, alterné par le blanc de l’écume, est entrecoupé par le jaune vif des banderoles ainsi que du rouge bordeaux du turban et de la robe du personnage féminin.
ajoute à cette palette symbolique un élément supplémentaire sous la forme de « l’alambic », au-dessus duquel se trouve la bulle avec à l’intérieur, comme s’il s’agissait d’une mise en garde, la silhouette humaine. Considéré sous son aspect symbolique, l’alambic est un réceptacle renfermant toutes les choses de la Nature. Une sorte de boîte de Pandore (destinée à rester fermée), à l’intérieur de laquelle sont contenues les quatre saisons, représentées par les quatre éléments : le Printemps (l’air), l’été (le feu), l’Automne (la terre), l’Hiver (l’eau). Brassées à l’intérieur de l’alambic, son contenu s’écoule dans la plus totale harmonie.
nous fait assister à une véritable transformation de l’écriture expressive de l’artiste. Car il s’agit de la seule œuvre qui se détache stylistiquement du contexte, en présentant la Femme dont le turban devient littéralement « cinétique » : il se défait sans pour autant disparaître. Une innovation est apportée par le fait que pour la première fois, même campé de profil, le personnage est nu.
Un élément supplémentaire réside dans le fait que l’arrière-plan, composé de deux zones bleues, en dégradés (clair avec de fortes notes blanches pour le ciel parsemé de nuages et foncé pour signifier la mer), est exclusivement maritime. Bien que les mains du personnage tiennent la flûte de laquelle s’échappe la bulle de savon (issue de la Renaissance), le contexte est ici totalement surréaliste. C’est précisément par cette dimension « cinétique » du turban défait, néanmoins physiquement présent, que s’affirme comme point de départ la lecture entreprise par le visiteur, lorsque celui-ci débute son périple cognitif.
Le contraste entre le rouge du turban et le bleu « magrittien » de l’arrière-plan donne à cette œuvre une force d’une rare intensité. Il convient d’insister sur le fait que l’artiste vient précisément du surréalisme. Et cela n’est, en dernière analyse, pas surprenant du tout, étant donné que la spécificité du surréalisme est celle de réinterpréter l’histoire de l’Art en éloignant d’elle toutes les frontières, en faisant reculer les possibles. Il s’agit ici d’exposer une Renaissance sublimée sans emprunter une écriture esthétiquement « surréaliste » mais en adoptant les traits d’un symbolisme formel. Nous savons que l’artiste provient du surréalisme. Mais ici, la dimension « surréaliste » ne se développe qu’à partir de l’apport métaphysique propre à un de Chirico dont l’on retrouve l’empreinte dans les coloris relatifs à l’atmosphère englobant le personnage à l’architecture.
L’allégorie de la bulle de savon demeure la même, à savoir l’illusion destinée à disparaître contenue en son sein ainsi que la grâce de sa rondeur laquelle s’avère être la présence de l’esprit traduite dans la forme.
CLAUDIO GIULIANELLI a une formation de chimiste. Cela se perçoit dans la science qu’il apporte aux couleurs, en ce sens que l’alchimie dont il se revendique, assure l’harmonie narrative à la base philosophique de son discours. Et cette base philosophique, il la puise précisément dans les études de Philosophie poussées qu’il entreprend.
Extrêmement féru de littérature dantesque, il trouve dans Béatrice la matrice même du personnage de la Femme ainsi que le véhicule spirituel entre l’Homme (l’Anthropos) et Dieu. C’est à se demander s’il ne l’a pas (volontairement ou inconsciemment) substituée à Eve, personnage central dans la formation psycho-sociale de la Femme. Et l’Homme (en tant que genre) où est-il dans tout ça? Il semble ne pas exister…mais ce n’est qu’apparence car c’est par la symbiose que Béatrice forme avec la Nature qu’il se voit faire partie du cycle de l’Eternel Retour.
Il coexiste pleinement à l’intérieur du principe de vie, puisqu’à l’intérieur du récit dantesque, il forme une entité amoureuse et philosophique avec la Femme. Notons que très souvent, c’est la couleur rouge (en dégradés) par laquelle l’artiste conçoit la robe portée par la Femme. Le côté à la fois lumineux et « pastellisé » de la robe contrastant avec la blancheur laiteuse des chairs, est le résultat d’une technique mixte, composée d’acrylique et d’huile. La conception des plis des tissus (cannelés) ainsi que la température des couleurs n’est pas sans rappeler (toute proportions gardées), la technique de Giotto. Ce qui, une fois encore, nous ramène à Dante.
Hasard ou coïncidence ? Cette robe rouge était celle que Béatrice portait lorsque Dante, enfant, la vit pour la première fois…
Béatrice a, notamment, été au centre des préoccupations esthétiques et thématiques des préraphaélites, vers la fin du 19ème siècle : pensez, notamment, à Dante-Gabriele Rossetti qui l’a souvent représentée indépendamment de la présence de Dante. Chose assez inhabituelle chez les préraphaélites qui l’ont, le plus souvent portraiturée en sa compagnie, comme pour symboliser l’entité de l’amour à l’intérieur du couple mythique.
Autodidacte, l’artiste fréquente les musées depuis l’enfance. Il a trouvé dans Bosch et le Caravage les maîtres qui lui ont ouvert la voie de l’expression artistique.
Chose commune à bien des artistes, lorsqu’il se trouve devant la toile, il ignore ce qu’il adviendra de son œuvre. Et c’est là que la couleur vient à la rescousse! C’est à partir de l’exploration des possibilités multiples que lui offre le chromatisme qu’il opte pour telle issue narrative. L’artiste se laisse envoûter par la magie de la palette. A ce titre, il avoue que « l’on ne peint pas avec son cerveau !», signifiant par là que la peinture, et plus au-delà, la création n’est pas le résultat d’une froide suite d’opérations calculées aboutissant à un résultat escompté.
Tout au long de son parcours, l’artiste a participé à de nombreuses expositions de par le monde.
Vous l’aurez remarqué, par delà la dimension littéraire et humaniste, il y a chez CLAUDIO GIULIANELLI une atmosphère théâtrale « bon enfant », mettant en exergue l’univers de la Commedia dell’Arte. Néanmoins, ne perdons jamais de vue que ce théâtre des rues auquel interagit le visiteur est celui d’un artiste du 21ème siècle, qui par sa culture et son pinceau, passe par le regard actuel, pour atteindre l’intemporalité.
François L. Speranza.

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Le tele di Claudio Giulianelli sono porte attraverso le quali è possibile entrare in una dimensione di magia dove leggenda storia e costume si mescolano e per chiunque diventa tangibile la scintilla che Hieronymus Bosch ha prodotto in Claudio nell’episodio che lui stesso ci descrive. Ogni dipinto è una narrazione anche quando una singola figura riempie la tela, per questo sempre ho avuto la sensazione che anche lo spirito di  Pieter Bruegel il Vecchio si diverte a varcare le “porte” lasciate aperte dal nostro Maestro.

Giorgio Bertozzi

 

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